janvier 16, 2026

Prendre soin d’une personne vivant avec une dépendance

Les proches aidants qui accompagnent des personnes vivant avec une dépendance sont souvent isolés et même pointés du doigt. Ils font face à des défis particuliers qui peuvent grandement jouer sur leur bien-être. Ils soutiennent un proche qui peut refuser leur aide ou ils se lancent dans le sabotage pendant des périodes de stress élevé pouvant durer plusieurs années. En raison de la honte associée à la dépendance, il est difficile d’aborder le sujet. Par conséquent, les proches aidants sont exposés à un risque accru de dépression, d’anxiété et même de stress post-traumatique.   

Comment pouvons-nous soutenir les membres de notre communauté qui font de leur mieux pour accompagner une personne vers le rétablissement? Commençons ainsi par explorer les obstacles auxquels font face les proches aidants dans un contexte de dépendance.

Un état d’urgence permanent 

Les proches aidants de personnes vivant avec une dépendance sont constamment en état d’alerte. De ce fait, ils peuvent vivre du stress chronique, de l’anxiété et de l’épuisement, même lorsque la personne aidée traverse une période stable. Une telle expérience peut provoquer des répercussions sur leur santé mentale qui peut entraîner une dépression, un sentiment de culpabilité, des crises de paniques et des troubles du sommeil. Le caractère imprévisible de la dépendance fait en sorte que les proches aidants ont rarement l’esprit tranquille.

Des frais financiers importants 

Pour les proches aidants qui s’occupent de personnes aux prises avec une dépendance, ils doivent assumer certains frais financiers qui ne sont pas inclus dans d’autres situations d’accompagnement. Certains traitements, comme les services de rétablissement, peuvent ne pas être couverts par les régimes provinciaux d’assurance maladie. Les proches aidants doivent parfois s’absenter du travail pour gérer des situations de crise ou pour assister à des comparutions en cour. Il arrive que certains doivent aussi payer pour des biens ayant été endommagés ou volés, des traitements privés ou des frais juridiques. Il s’agit souvent de dépenses récurrentes qui s’accumulent vite.

Il existe aussi des enjeux pratiques bien particuliers. Les proches aidants peuvent être amenés à sécuriser leur domicile, à cacher leurs objets de valeur ou à changer les serrures à répétition. Certains hébergent leur proche pour ensuite constater qu’ils n’arrivent pas à cohabiter.

Les conséquences à long terme peuvent être sérieuses, notamment sur leur épargne-retraite, sur leur dossier de crédit ainsi que sur leurs références personnelles ou professionnelles. Leur situation d’emploi peut devenir instable. Ils peuvent même se retrouver en situation de précarité de logement si la personne aidée entre en conflit avec le propriétaire ou les voisins.

 

Se sentir incompris

La dépendance est souvent mal comprise et les approches de traitement peuvent être controversées. Les proches aidants se retrouvent alors à devoir expliquer et à justifier leurs choix. Bien que des conseils comme « Il faut couper les ponts » soient donnés avec de bonnes intentions, soit celles visant à protéger le proche aidant ou à provoquer un changement, ils peuvent invalider l’expérience de la personne concernée, surtout s’il s’agit d’un enfant ou d’un partenaire. La honte et la stigmatisation entourant la dépendance peuvent mener au silence et ainsi accentuer l’isolement.

Exposition prolongée au traumatisme

Les proches aidants accompagnant des personnes vivant avec une dépendance peuvent être exposés à des événements traumatisants comme des comportements violents ou des surdoses. Puisque la dépendance s’inscrit souvent dans un cycle de rétablissements et de rechutes répétés, les proches aidants ont peine à s’en sortir.

Comment les Canadiens peuvent-ils soutenir les proches aidants en contexte de dépendance?

Les proches aidants qui soutiennent une personne vivant avec une dépendance ont besoin d’une protection globale contre les répercussions négatives associées à leur rôle. Voici quelques domaines clés où la communauté peut donner un coup de main.

Thérapie : Plusieurs provinces offrent des programmes destinés aux membres de la famille dans des centres de traitement en dépendance, mais les listes d’attente peuvent être longues. La thérapie individuelle, les groupes de soutien comme et les ressources en ligne peuvent leur offrir une aide immédiate. On peut le faire d’une façon saine en encourageant les proches aidants à entamer de telles démarches, avec ou sans la présence de leur proche. Le simple fait de rejoindre un groupe privé sur les réseaux sociaux destiné aux familles concernées peut leur permettre de briser l’isolement.

Ressources pratiques : Les proches aidants doivent interagir avec de nombreux organismes et explorer des options de traitement pour soutenir leur proche. La recherche d’information peut s’avérer une tâche éprouvante. L’entourage peut accompagner un proche aidant en lui proposant de l’aider à effectuer ces recherches. À noter que est une ressource en ligne qui peut constituer un bon point de départ.

Stratégies d’autosoins : Les proches aidants ont besoin d’être encadrés : prendre soin d’eux-mêmes doit être une priorité. Accompagner une personne vivant avec une dépendance peut devenir envahissant. Aidez-les à trouver des moyens de se reposer et, lorsque c’est possible, proposez de prendre le relais dans certaines responsabilités. Encouragez-les à poser des limites saines pour préserver leur bien-être tout en évitant d’utiliser un discours culpabilisant. En disant des phrases comme « Tu as le droit de protéger ta santé et ta stabilité financière », on garde l’accent sur le proche aidant plutôt que sur la personne aux prises avec une dépendance.

Planification financière : Pour les proches aidants, il peut être utile de comprendre les prestations offertes sur le marché, la couverture d’assurance et les protections juridiques. Ainsi, ils pourront prendre des décisions éclairées sur les limites à fixer et sur le niveau de soutien à apporter. Lorsque le moment vous semble approprié, proposez d’agir comme médiateur afin d’aider les familles à négocier un soutien financier juste et adapté.

Parler avec compassion : Les proches aidants qui prennent soin de personnes vivant avec une dépendance méritent d’être accueillis avec compassion. Ils ne « favorisent » pas la dépendance : ils continuent d’aimer et de soutenir un être cher ayant un trouble lié à l’usage de substances. Toutefois, ils ont besoin d’avoir accès à des ressources et à du soutien communautaire et ils ont le droit de poser des limites.

Résumé

Le Canada continue de faire évoluer son approche en matière de traitement de la dépendance et de réduction des risques. Nous avons la responsabilité de répondre aux besoins des proches aidants par l’engagement communautaire. Leur bien-être ne passe pas en deuxième puisqu’ils doivent apporter une stabilité familiale pour permettre un rétablissement à long terme. En sachant que l’isolement est la plus grande bête noire des proches aidants, il est important de maintenir un dialogue ouvert et d’opter pour une approche empreinte de compassion et exempte de jugement.

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