juin 22, 2026

Le vieillissement de la population canadienne : un regard vers l’avenir sur la proche aidance

Le monde vieillit. Presque tous les pays du monde connaissent une croissance du nombre de personnes âgées dans leur population. Le Canada est devenu une société « super âgée », c’est-à-dire que plus de 21 % de la population aura 65 ans ou plus avant la fin de cette décennie.

À bien des égards, il s’agit d’une excellente nouvelle. Après tout, les gens vivent plus longtemps, en meilleure santé. Les Nations Unies ont même proclamé les années 2021-2030 comme étant la décennie du vieillissement en santé pour soulever ce changement. Cependant, derrière chaque proche vieillissant se trouve un proche aidant. À mesure que le Canada vieillit, la demande de proches aidants augmente, autant en nombre qu’en temps consacré aux soins. Ce blogue explorera à quoi ressemblent les soins offerts par les proches aidants au Canada de nos jours. De plus, on découvrira comment leur réalité changera dans un avenir où une population vieillissante disposera de moins de personnes pour s’occuper d’elle.

Le portrait actuel de la proche aidance au Canada

À l’heure actuelle, plus de 8 millions de Canadiens et Canadiennes sont des proches aidants non rémunérés, qui soutiennent un membre de leur famille ou un ami confronté au vieillissement, à la maladie ou au handicap. Un Canadien sur quatre prendra le rôle de proche aidant au courant de sa vie. Dans l’ombre, ils soutiennent l’ensemble de nos systèmes de santé et de services sociaux canadiens. Ils leur font économiser des milliards de dollars chaque année : notre société ne pourrait tout simplement pas s’en passer.

Près de la moitié des proches aidants canadiens soutiennent un parent ou un beau-parent. Plusieurs le font tout en élevant leurs enfants et en occupant un emploi à temps plein. Une telle implication fait en sorte que le temps additionnel exigé par les soins devient difficile à gérer.

Plus de soins requis, moins de personnes pour les fournir

À mesure que la population canadienne vieillit, le besoin en matière de soins continue d’augmenter. Pourtant, le nombre de personnes disponibles pour les apporter diminue. On comptera environ 30 % de proches en moins (conjoints, enfants adultes) pouvant fournir des soins non rémunérés dans les années à venir. Les familles d’aujourd’hui sont plus petites et plus éparpillées qu’autrefois. De plus en plus de femmes occupent un emploi rémunéré. On se marie et on a des enfants plus tard et la retraite est repoussée plus que jamais.

Résultat : les proches aidants sont souvent les seuls qui prennent soin de quelqu’un, parfois même de plus d’une personne, et on leur en demande toujours plus. Les personnes de plus de 65 ans sont aussi plus susceptibles de vivre avec une ou plusieurs maladies chroniques, ce qui mène souvent à des parcours de soins longs et complexes. Les proches aidants qui soutiennent des aînés consacrent déjà en moyenne 19 heures par semaine aux soins, en plus de tout ce qu’ils ont à gérer dans leur vie. Comme la plupart sont encore sur le marché du travail et qu’ils ne peuvent pas envisager de s’y retirer, il existe une limite à la quantité de soins qu’ils peuvent offrir.

Conséquence : le système de santé canadien en écopera. À l’heure actuelle, les proches aidants non rémunérés permettent au système de santé d’économiser des milliards de dollars en prenant eux-mêmes soin de leurs proches. Alors que les personnes disponibles se feront plus rares et que les besoins en soins augmenteront, il va sans dire qu’un système de santé déjà sous tension aura de la difficulté à répondre aux besoins d’une population vieillissante.

La réalité des proches aidants en emploi

Les travailleurs qui offrent aussi des soins non rémunérés représentent environ 35 % de la main-d’œuvre canadienne, soit un employé sur trois. Les conséquences sur le milieu de travail se révèlent considérables.

En moyenne, 2,2 millions d’heures de travail sont perdues chaque semaine au Canada en raison des soins prodigués, ce qui équivaut à 157 000 employés. Pour les proches aidants, le prix à payer peut être encore plus élevé. Plusieurs réduisent leurs heures de travail, prennent un congé, refusent des promotions ou finissent par quitter le marché du travail pour s’occuper de leurs proches. La hausse du coût de la vie et l’augmentation de l’espérance de vie pourraient créer des problèmes à long terme chez les proches aidants.

Le manque d’infrastructures aggrave la situation

Les longues listes d’attente pour les établissements de soins de longue durée mettent de la pression sur les proches aidants. Les places en unités de soins pour troubles cognitifs sont encore plus difficiles à obtenir. Les proches aidants se voient ainsi de plus en plus confier des situations exigeant des soins intensifs, même s’ils n’ont ni la formation ni les connaissances professionnelles nécessaires pour assumer un tel rôle.

À l’inverse, les services qui permettent aux personnes âgées de vieillir chez eux sont coûteux et souvent difficiles d’accès. La plupart des personnes âgées préfèrent vieillir à la maison et elles prévoient le faire le plus longtemps possible. Cependant, seulement 12 % d’entre eux ont les moyens d’avoir recours à un préposé aux bénéficiaires, sans parler des rénovations nécessaires pour rendre le maintien à domicile sécuritaire. Autrement dit, on fait de plus en plus appel aux proches aidants pour s’occuper du bénéficiaire qui ne peut pas être seul et sans aide.

​Comment mieux soutenir les proches aidants face au vieillissement de notre population?

Soutenir les proches aidants d’aujourd’hui et de demain commence par quelque chose de simple, mais puissant : la reconnaissance. Plusieurs proches aidants ne s’identifient pas comme tels. Bien souvent, ils agissent ainsi de façon instinctive, par amour pour la personne concernée. Cette invisibilité rend la chose difficile dans les deux sens : difficile pour eux de demander de l’aide, difficile pour nous de leur en offrir.

La famille, les amis et les voisins peuvent faire une réelle différence en reconnaissant le travail que font les proches aidants. Ils peuvent alléger leur charge en validant ce qu’ils vivent, en leur préparant un repas maison ou en proposant de prendre soin d’un proche pour l’après-midi. La sensibilisation est essentielle à l’action. Sans la reconnaissance et la valorisation des proches aidants par leur famille, le système de santé et leur communauté, il restera difficile de bâtir un soutien durable.

Qu’il soit informel ou mis en place par le système, le soutien communautaire deviendra de plus en plus important chez les personnes âgées qui privilégient le maintien à domicile. Pour les personnes ayant des besoins de soins élevés, il est urgent de créer davantage d’établissements afin que les soins se déroulent en toute sécurité pour tous.

Regardons vers l’avenir, ensemble

Le vieillissement de la population canadienne est une histoire de progrès. Vivre plus longtemps signifie passer plus de temps avec les personnes que nous aimons et transmettre davantage de sagesse entre les générations. Mais ce progrès vient aussi avec la responsabilité de s’assurer que les proches aidants ne portent pas ce fardeau seuls.

Ils méritent de la reconnaissance, un accès à des ressources et un réel accompagnement. En effet, leur rôle ne deviendra que plus essentiel à mesure que notre pays continue de vieillir. Nous avons donc tous un rôle à jouer : soutenir les proches aidants de nos communautés et donner une voix aux millions de Canadiens et Canadiennes qui font ce travail essentiel.

Special Offer