mars 26, 2026

Accompagner les proches aidants malgré les barrières linguistiques

Le Canada est l’un des pays les plus diversifiés au monde. Avec plus de 200 langues parlées dans tout le pays et plus de 7 millions de personnes dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais, il n’est pas surprenant que la langue ait une incidence sur le parcours des proches aidants. Que ce soit le proche aidant ou la personne aidée qui se sente moins à l’aise dans la langue des soins, les obstacles linguistiques peuvent rendre une situation déjà éprouvante encore plus difficile à traverser.

Les barrières linguistiques ne touchent pas que les personnes immigrantes. Les proches aidants francophones, autochtones, sourds ou malentendants y sont aussi confrontés. Les soins quotidiens, les démarches administratives et l’accompagnement médical sont tous des domaines où la communication est essentielle. Pourtant, lorsque la langue devient un obstacle, les proches aidants peinent non seulement à remplir leur rôle, mais aussi à prendre soin d’eux-mêmes. Des renseignements importants passent inaperçus. Des questions restent sans réponse par gêne ou par incertitude. Des décisions se prennent sans une compréhension complète des options offertes. Des ressources précieuses, y compris financières, peuvent leur échapper.

Surmonter les barrières linguistiques pour les proches aidants au Canada est un chantier urgent. Chaque jour compte.

Les situations sont nombreuses et variées

Les proches aidants portent déjà un énorme fardeau émotionnel. Ajoutez à cela une barrière linguistique, et la situation peut rapidement devenir insurmontable. Les contextes sont multiples et se présentent sous forme différente d’une personne à l’autre. Voici quelques situations courantes dans lesquelles les barrières linguistiques viennent compliquer leur quotidien :

  • Le proche aidant ou la personne aidée (parfois les deux) parlent anglais ou français, mais ils se heurtent à la complexité du vocabulaire médical et administratif.
  • Sous l’effet de la maladie, la personne aidée délaisse l’anglais ou le français pour retrouver le confort de sa langue maternelle. Ce phénomène est plus fréquent chez les personnes atteintes de démence ou d’autres maladies neurologiques.
  • Dans les cas où aucun des deux n’est à l’aise en anglais ou en français, ce sont souvent d’autres membres de la famille qui assurent la coordination des soins par téléphone.
  • La personne aidée ou le proche aidant est sourd ou malentendant.

Les risques liés aux malentendus

Les proches aidants et les professionnels de la santé utilisent déjà diverses stratégies pour tenter de surmonter les barrières linguistiques. Le défi ne réside pas dans une absence totale de communication, mais plutôt dans une communication partielle qui a des lacunes.

Les détails médicaux techniques peuvent être mal interprétés, ce qui peut réduire l’efficacité des traitements, voire causer des préjudices. Les proches aidants peuvent passer à côté d’informations importantes, comme l’existence de crédits d’impôt ou d’autres ressources financières. Il arrive qu’un simple appel téléphonique suffise à compliquer l’accès au soutien ou la prise de rendez-vous. Les malentendus engendrent aussi une détresse bien réelle : par honte ou par gêne, la personne aidée comme le proche aidant peuvent hésiter à demander de l’aide. Se débrouiller avec les moyens du bord (appeler des proches, utiliser Google Translate, communiquer par gestes) ne suffit pas, même si c’est mieux que rien.

Briser les barrières

La bonne nouvelle, c’est que ces obstacles peuvent être surmontés. Des pistes d’action concrètes existent, autant pour les proches aidants que pour les services qui les accompagnent. Si vous vous trouvez dans cette situation, voici ce que vous devez savoir :

Demander une assistance linguistique dans un cadre de soins : L’une des démarches les plus importantes est de faire appel à un interprète professionnel. De nombreux hôpitaux et établissements de santé ont accès à des interprètes médicaux professionnels, que ce soit en personne, par téléphone ou par vidéo. Même si l’accès à ces ressources n’est pas toujours garanti en temps voulu, cela ne devrait pas décourager les familles d’en faire la demande.

Contacter les groupes communautaires qui parlent votre langue : Les organismes enracinés dans des communautés culturelles constituent souvent une ressource précieuse pour les proches aidants qui font face à des barrières linguistiques. Ces groupes peuvent aider à démystifier des programmes tels que le crédit canadien pour aidant naturel, les services de soins à domicile ou les démarches d’admission en soins de longue durée.

Se fier à un membre de la famille ou à un ami pour traduire comporte des risques, surtout en contexte médical : Bien que courante, cette pratique peut entraîner des erreurs, surtout lorsque le contenu est technique ou difficile à transmettre. Si le membre de la famille maîtrise parfaitement les deux langues, le risque est réduit. Lorsque vous accompagnez un proche aidant dans la traduction, encouragez-le à poser autant de questions que nécessaire jusqu’à ce que tout soit bien compris. L’une des erreurs les plus fréquentes d’un ami bien intentionné est d’omettre des détails, soit pour faciliter la traduction, soit pour atténuer l’impact d’une mauvaise nouvelle. Il est essentiel que chacun s’engage à transmettre le plus de détails possible et à ne pas hésiter à demander au personnel soignant de ralentir ou de répéter au besoin. Pensez à utiliser un outil de transcription pour capturer les informations clés qui pourront ensuite être traduites à tête reposée.

Miser sur la technologie, avec quelques réserves : Les outils numériques de traduction se sont multipliés depuis Google Translate. Aussi révolutionnaires soient-ils, ils présentent certaines limites.

Tous les outils ne sont pas adaptés à la terminologie médicale. Les applications de traduction gratuites comme Google Translate conviennent pour un usage général au quotidien. Face à une situation médicale, qu’il s’agisse d’un rendez-vous, d’une ordonnance ou autre, des applications spécialisées et abordables comme Care to Translate, Mabel AI ou MediBabble offrent une solution bien plus fiable. Il est toutefois important de garder à l’esprit que ces outils ne sont pas accessibles à tous. Les capacités physiques, la vision, la dextérité et l’accès à la technologie peuvent en limiter l’utilisation.

Il faut aussi tenir compte du fait que la performance d’une application dépend du matériel sur lequel elle est utilisée. De nombreuses applications, surtout celles qui intègrent la vidéoconférence, ne fonctionnent bien que sur des appareils récents et coûteux. La connectivité peut aussi poser problème, en particulier dans les hôpitaux ou dans les régions éloignées. Bref, même si la technologie peut être d’une grande aide dans certaines situations, elle ne fonctionnera pas en tout temps ni pour tout le monde.

Les professionnels de santé, les travailleurs sociaux et les coordinateurs de soins doivent détecter et anticiper les besoins linguistiques de leurs patients : Plutôt que d’attendre que le proche aidant soulève lui-même la question, ceux qui sont en mesure de détecter des barrières linguistiques potentielles doivent prendre les devants. Certains ne savent tout simplement pas qu’ils peuvent demander de l’aide tandis que d’autres hésitent par pudeur ou par crainte du jugement.

Créer des ressources multilingues : Pour soutenir les proches aidants dont l’anglais ou le français est la langue seconde, il est essentiel de recourir à un langage clair dans les documents écrits et de s’assurer que les ressources multilingues sont visibles et accessibles.

Changer notre regard sur les barrières linguistiques

Si vous avez déjà essayé d’apprendre une autre langue, vous savez à quel point cela peut être déstabilisant. Il faut du courage, encore plus dans une situation stressante. Si vous connaissez un proche aidant qui fait face à des barrières linguistiques, faites-lui savoir qu’il accomplit un travail extraordinaire. Les proches aidants sont souvent peu reconnus pour tous les efforts qu’ils déploient. Reconnaître leur engagement, tant dans leur rôle d’aidant que dans les défis de communication qu’ils surmontent, c’est les aider à voir leur parcours comme une preuve de force. En réduisant la stigmatisation liée aux barrières linguistiques, on aide les proches aidants à se concentrer davantage sur la personne aidée.

Les barrières linguistiques nous rappellent que la proche aidance est un rôle aux multiples défis et que soutenir les proches aidants est une responsabilité qui nous appartient à tous.

Pour trouver des ressources d’accompagnement dans votre langue, composez le 2-1-1 ou visitez 211.ca pour découvrir les services offerts près de chez vous.

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