février 20, 2026

La proche aidance dans le monde: ce que le Canada peut apprendre

Bien qu’il n’existe aucun chiffre officiel, on estime que 43 % de la population mondiale apporte une aide non rémunérée à des membres de leur famille, à des amis ou à des voisins. La proche aidance est une réalité mondiale. L’Organisation internationale du Travail estime que 748 millions de personnes âgées de 15 ans et plus ont quitté le marché du travail en raison de leurs responsabilités de proches aidants, sans même compter les centaines de millions d’autres qui tentent de concilier un emploi rémunéré avec leurs tâches de soins.

Ces données révèlent une réalité importante : la proche aidance n’est pas uniquement une question individuelle ou nationale, mais une composante fondamentale du fonctionnement des sociétés humaines. En examinant la manière dont différents pays soutiennent leurs aidants, il est possible de s’inspirer de pratiques qui fonctionnent et tirer des leçons précieuses pour bâtir de meilleurs systèmes de soutien, partout dans le monde.

Le modèle irlandais, britannique et australien: offrir une sécurité financière

Bien qu’il ne couvre pas l’ensemble des proches aidants, l’Irlande offre un niveau de base de sécurité financière à ses proches aidants les plus vulnérables. Les proches aidants qui consacrent au moins 35 heures par semaine à l’accompagnement d’un proche peuvent recevoir l’allocation légale d’aidant (Statutory Carer’s Allowance), une prestation hebdomadaire visant à aider à couvrir les coûts liés à la proche aidance.

L’Irlande offre également des services de soutien à domicile. Bien que leur disponibilité varie selon les régions, ces services sont organisés en fonction des besoins du proche aidant. L’objectif est d’aider les personnes à demeurer en bonne santé et à vivre dans leur propre domicile le plus longtemps possible. Ces services permettent aussi d’accompagner les proches aidants dans leurs tâches quotidiennes.

L’Australie et le Royaume-Uni offrent des prestations ou allocations nationales destinées aux proches aidants ainsi que des mesures de protection de l’emploi. Bien que ces systèmes ne soient pas parfaits et qu’ils comportent certaines limites, ils témoignent d’une reconnaissance claire du fait que les proches aidants méritent un soutien financier. Ces pays ont intégré la compensation des proches aidants comme une partie intégrante des systèmes de protection sociale plutôt que de la considérer comme une situation exceptionnelle.

L’Allemagne : quand l’assurance reconnaît la proche aidance

Le régime universel d’assurance soins de longue durée de l’Allemagne constitue un modèle intéressant. Lorsqu’une personne a besoin de soins, elle peut recevoir soit des prestations en espèces, soit des services. Ces prestations en espèces peuvent également servir à rémunérer les membres de la famille qui offrent des soins. Le système prévoit aussi des cotisations à la sécurité sociale des proches aidants afin de protéger leur sécurité financière future. Un congé payé de courte durée est aussi prévu en cas d’urgence étant donné que les besoins en proche aidance ne sont pas toujours prévisibles.

Cette approche est essentielle, car elle reconnaît la proche aidance familiale comme étant un vrai travail. Elle lui accorde une rémunération et des protections réelles au lieu de la considérer comme une obligation à assumer sans reconnaissance ni soutien.

L’Espagne : reconnaître et définir la proche aidance

Avec près de deux millions de proches aidants dans le pays (l’un des nombres les plus élevés de proches aidants informels dans l’Union européenne), l’Espagne a renforcé la reconnaissance de la proche aidance en l’inscrivant dans la loi grâce à une définition officielle, intégrée à la Loi sur la dépendance nationale en 2007. Comme l’un des principaux enjeux demeure la reconnaissance et l’auto-identification en tant que proche aidant, cette définition encadrée par la loi aide les proches aidants à se manifester et à obtenir le soutien dont ils ont besoin.

De plus, l’Espagne offre un accès à des services de répit. Avec une moyenne de 19 heures consacrées chaque semaine à l’aide apportée, ces services contribuent à préserver un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Ils sont offerts dans des centres d’accueil de jour et de nuit et la disponibilité varie selon les régions. Ils peuvent constituer une ressource précieuse pour les proches aidants ayant de la difficulté à prendre du temps pour eux. Parmi les autres services soutenus par le gouvernement, on retrouve des services temporaires d’hébergement, de l’aide à domicile, de la téléassistance à domicile, ainsi que des subventions pour l’adaptation du logement.

Les perspectives d’avenir

Si le Canada propose déjà certains programmes de soutien aux proches aidants, tant à l’échelle nationale que provinciale, les exemples internationaux présentés ci-dessus illustrent les différentes approches mises en place dans le monde pour soutenir le nombre considérable de personnes qui offrent des soins. À l’échelle mondiale, le travail non rémunéré lié à la proche aidance représente environ 9 % du PIB mondial. Il s’agit d’un enjeu qu’aucun pays ne peut ignorer et surtout pas un fardeau que les familles devraient porter seules.

Ces exemples venus du monde entier montrent qu’il existe des modèles fonctionnels qui offrent un soutien significatif aux proches aidants. Des pays comme le Japon, la Suède, l’Espagne, l’Australie, le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Irlande proposent différents niveaux de soutien financier, de reconnaissance et de protection à long terme pour leur bien-être et leur sécurité. Il s’agit d’un enjeu majeur que nul pays ne peut ignorer, et qui ne devrait en aucun cas reposer que sur les familles.

Alors que les réflexions se poursuivent sur la meilleure façon de soutenir les proches aidants, ces exemples internationaux offrent des perspectives inspirantes sur ce qui est possible. Ils démontrent que lorsque la proche aidance est reconnue comme un travail essentiel, elle contribue à renforcer l’ensemble de la société.

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